01.07.2007

Les biocarburants pourraient bien aussi menacer les consommateurs de pomme de terre

Dans un texte écrit voici quelques semaines à la lecture de plusieurs articles de journaux, je faisais état de mon inquiétude concernant le réchauffement climatique et le développement des biocarburants et j’invitais le conseil municipal de La Verrière dont je fais partie à s’interroger sur la pertinence de la construction de nouvelles autoroutes comme l’A12 dans une planète qui a de plus en plus chaud et où la famine risquerait bien de s’aggraver si nous envisageons de faire fonctionner nos véhicules avec des produits jusque là réservés à notre alimentation et dont la production n’est même pas suffisante à faire vivre l’humanité. Concernant les biocarburants, je citais le cas du sucre et du maïs dont la transformation en éthanol se traduit déjà dans certains pays par une forte augmentation de leur prix entraînant une chute dramatique du pouvoir d’achat des familles et même parfois une pénurie alimentaire. Je terminais ce texte en craignant que d’autres produits vivriers comme le riz, le blé ou le manioc soient aussi transformés en biocarburants au détriment d’autres populations et qu’ainsi nos véhicules, en plus de réchauffer la planète, y accentuent les famines.

 

J’avais omis alors de mentionner la pomme de terre qui pourrait bien subir le même sort ou être abandonnée au bénéfice de la culture de plantes plus aptes à produire des carburants, comme le signalent des articles parus depuis dans la presse économique. Deux d’entre eux au titre évocateur ont retenu mon attention : « La filière pomme de terre en pleine crise » paru dans le supplément économique du Figaro du 17 février et « Patates chaudes » du cahier Economie du Monde du 27 février. On y apprend tout d’abord qu’en 2006 notre pomme de terre nationale a souffert de la sécheresse mais aussi qu’elle a très mal supporté les cinq semaines caniculaires de juin et de juillet. Le journaliste du Monde se rappelant probablement les conclusions du dernier rapport du GIEC qui vient de nous annoncer que les canicules seront de plus en plus nombreuses si la terre continue de se réchauffer conclut : « La pomme de terre, comme les ours blancs, souffre du réchauffement climatique ». A cause de cet épisode chaud et sec, les tubercules sont restés de petite taille et les rendements ont été faibles ce qui s’est traduit par une augmentation très conséquente de leur prix et même par une crise de l’approvisionnement chez les vendeurs de frites tel que McDonald ou Quick, dont le cahier des charges stipule que leur taille ne doit pas être inférieure à 7 cm ! Les prix ont en effet flambé passant, selon les variétés, comme le précise le journaliste du Figaro : « du simple au quadruple par rapport à la campagne précédente ». Le prix du kilo de pomme de terre frite aurait subi le même sort.

 

Comme le maïs au Mexique, la pomme de terre pourrait aussi se raréfier et son prix augmenter dans des proportions encore bien plus grandes du fait du développement des biocarburants. C’est en tout cas ce que craint Frédéric Joubert, directeur de McCain France, filiale du premier producteur mondial de produits surgelés à base de ce tubercule, cité par les deux journalistes. Celui du Monde écrit ainsi : « Et à en croire M. Joubert, les prévisions ne sont guère réjouissantes car les agriculteurs seraient tentés de suivre la mode des biocarburants et de transformer leurs champs de patates en plantation de maïs ou de betteraves pour répondre à la nouvelle demande (de l’industrie) ». La pomme de terre ne serait pas transformée en éthanol comme le maïs mais remplacée par d’autres cultures s’y prêtant mieux.

 

Le développement des biocarburants n’a pas fini de perturber la production et le commerce des cultures vivrières, l’économie des ménages et l’alimentation de la planète. Les cas présentés ici ou dans le texte précédent n’en sont que les prémices d’autant plus que, selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation d’essence et de diesel pour les transports prévue pour 2020 pourrait être presque le double de celle constatée en 2000. Croire qu’on pourra y faire face avec les biocarburants sans provoquer une pénurie alimentaire aux conséquences dramatiques en étendant par exemple les surfaces en culture est une illusion comme le signale Olivier Bernard, chargé de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria) de Sophia Antipolis, cité par Victor Roux-Goeken dans son article paru dans Le Monde du 22 février : « pour faire rouler tous les véhicules (français) au biocarburant végétal, il faudrait semer du colza sur toute la superficie de la France ». Même en défrichant le peu de forêt primaire qui reste sur la planète comme cela est malheureusement en train de se passer au Brésil avec le soja ou en Indonésie avec le palmier à huile pour y produire du biodiesel, nous n’y arriverons pas. Le risque est donc grand de voir de plus en plus de produits jusqu’alors destinés à l’alimentation humaine brûlés dans nos moteurs ou certaines cultures vivrières remplacées par d’autres plus aptes à la production de biocarburants et de voir ainsi les famines se multiplier sur le planète.

 

Face à une telle situation et donc pas seulement parce que nos véhicules contribuent très largement au réchauffement climatique qui risque bien d’être irréversible s’il dépasse les 2°C  comme l’a rappelé récemment le GIEC, le principe de précaution s’impose. Tant que nous n’aurons pas trouvé le moyen de diminuer de manière très conséquente les émissions de gaz à effet de serre par nos voitures et nos camions et des carburants qui se substituent à l’essence et au diesel sans entraîner une gigantesque pénurie alimentaire et la disparition du peu de forêt primaire qui nous reste, nous devons réduire notre consommation de carburants et donc envisager une modification de nos habitudes de transports. La construction de nouvelles autoroutes dans un tel contexte serait une aberration écologique et serait éthiquement très incorrecte… alors, rejoignons ceux qui aujourd’hui s’opposent au prolongement de l’A12 et pas seulement parce que celui-ci menace notre territoire.

 

Pierre GERBOUIN

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